La Mersey en berne
Anfield était prêt pour le grand frisson, il a fini avec une migraine carabinée. Recevoir le Tottenham d'Antonio Conte, c'est un peu comme inviter un oncle grincheux à un mariage : vous savez qu'il va finir par renverser du vin rouge sur la nappe blanche pour gâcher la fête. Liverpool voulait le trône, il n'a finalement ramassé qu'une brique dans les dents alors qu'il pensait avoir fait le plus dur.
Les hommes de Jürgen Klopp ont pourtant entamé la rencontre avec la fureur d'un prédateur affamé. Possession outrageuse, pressing étouffant et centres à répétition : la recette habituelle pour transformer le stade en chaudron. À la pause, le tableau d'affichage indiquait 1-0, un score presque poli pour des Londoniens venus avec l'ambition tactique d'un stagiaire en fin de contrat. Mais dominer n'est pas gagner, et dans le dictionnaire de Conte, le mot "esthétique" a été remplacé depuis longtemps par celui de "barbelés".
Au retour des vestiaires, le scénario s'est transformé en film d'horreur pour les locaux. Liverpool, deuxième au classement avant le match et lancé à la poursuite du titre, a laissé des espaces que même un bus à impériale aurait pu traverser. Tottenham, calé à la cinquième place et aux abois pour une qualification européenne, a fini par punir cette suffisance en bon charognard du contre-pied. Le crime a été commis de sang-froid, climatisant un public qui ne demandait qu'à chanter son célèbre hymne. On a cru au braquage du siècle, et malgré les assauts désespérés des Reds en fin de match pour arracher la victoire, le verrou n'a plus sauté.
Ce nul est une CATASTROPHE absolue pour la course au sacre. Pendant que Manchester City se frotte les mains en regardant son canapé, les Reds réalisent qu'un point à domicile face à une équipe qui a garé un semi-remorque devant ses cages, c'est l'équivalent d'un régime à base de tofu sans sauce : c'est frustrant et ça laisse un goût amer. On ne gagne pas la Premier League en gâchant des avances d'un but à la maison contre des rivaux qui ne demandaient qu'à être enterrés.
Pour Tottenham, c'est le hold-up idéal. Ils n'ont pas forcément joué au football, ils ont joué au plus malin. Conte repart avec son point et son sourire de méchant de film de James Bond, laissant un Klopp furieux déplorer le manque de "grand football" de son adversaire. La réalité est plus cruelle : le titre s'est peut-être envolé ce soir sous les yeux d'un public qui a vu son rêve se briser contre un MUR de jambes blanches.