L'orage ukrainien s'abat sur la Pologne
On pensait que la Conference League était le jardin secret du Lech Poznan, cet endroit merveilleux où l'on peut rêver de grandeur sans jamais risquer de croiser le fer avec le Real Madrid ou le Bayern Munich. Manqué. Le Shakhtar Donetsk, exilé permanent et habitué des salons feutrés de la Ligue des Champions, est venu rappeler avec une froideur chirurgicale qu'il y a des échelons qu'on ne franchit pas avec de simples bonnes intentions et un public bruyant.
La première période fut pourtant un hommage vibrant au néant footballistique le plus total. Un score de parité à la pause qui ressemblait plus à une sieste collective sous les projecteurs qu'à une véritable bataille européenne. Les spectateurs polonais ont eu tout le loisir d'admirer l'architecture du stade ou de vérifier leurs notifications sociales tant le spectacle sur la pelouse était, disons-le, inexistant. On imagine les discours dans les vestiaires à la mi-temps : d'un côté, on se demandait sans doute comment aligner trois passes consécutives, de l'autre, on se demandait si le buffet d'après-match valait vraiment le déplacement.
Puis, le Shakhtar a décidé qu'il en avait assez de la politesse. En seconde période, les Ukrainiens ont enfin activé le mode rouleau compresseur. Trois buts, nets et sans bavures, venus punir une défense du Lech qui semblait encore en train de digérer son déjeuner. Une véritable DÉMONSTRATION de réalisme. Poznan a bien tenté de sauver les apparences en réduisant l'écart, mais c'était un peu comme essayer d'écoper un paquebot en plein naufrage avec une cuillère à café : inutile, tardif et surtout, franchement pathétique.
Pour le Shakhtar, ce succès est une bouffée d'oxygène qui les propulse vers les sommets du classement. Ils s'affirment désormais comme l'épouvantail de cette compétition qu'ils n'auraient probablement jamais voulu disputer. Pour le Lech, c'est le retour brutal à la réalité des chiffres. Être le roi de son quartier le week-end, c'est une chose. Tenir tête à une institution qui a le football européen gravé dans son ADN en est une autre. La soirée s'est terminée dans un silence de cathédrale, transformant les espoirs locaux en un immense NAUFRAGE collectif. Poznan devra apprendre vite, ou se contenter de regarder la suite de la compétition depuis son canapé.