4 - 1
Leçons de piano au Camp Nou
Le football est parfois un conte de fées, mais pour l'Espanyol, c'est surtout une tragédie grecque qui se répète inlassablement à chaque passage au Camp Nou. Traverser la ville avec l'ambition de bousculer le FC Barcelone, c'est un peu comme essayer de vider la Méditerranée avec un dé à coudre : c'est courageux, mais fondamentalement inutile. On se demande d'ailleurs si les Pericos n'auraient pas mieux fait de rester coincés dans les embouteillages de la Diagonal plutôt que de se présenter sur la pelouse pour servir de sparring-partner.
À la pause, le score de 2-0 laissait déjà présager une soirée de souffrance pour les visiteurs. Le Barça a évolué dans une dimension où la gravité ne semble pas s'appliquer aux ballons, tandis que les défenseurs de l'Espanyol paraissaient lestés par des semelles en plomb. On a senti cette supériorité technique qui frise l'insolence, où chaque passe est une insulte à la condition physique d'adversaires condamnés à courir après des ombres. Les Blaugrana n'ont pas seulement joué au football, ils ont donné une conférence magistrale de géométrie appliquée à des élèves qui n'avaient manifestement pas ouvert un livre de tactique depuis l'invention du hors-jeu.
Le score final de 4-1 est un reflet presque poli de la hiérarchie locale. C'était un véritable SPECTACLE de domination pure, où les locaux ont distribué les buts avec une gourmandise que l'on ne retrouve que chez les leaders sûrs de leur destin. L'Espanyol a bien tenté de sauver ce qu'il lui restait d'honneur en fin de match, mais dans un naufrage de cette ampleur, un petit but ressemble plus à une bouée percée qu'à une véritable réaction d'orgueil face au rouleau compresseur blaugrana.
Sur le plan comptable, cette victoire assoit encore un peu plus le FC Barcelone sur son trône. Ils regardent désormais la meute des poursuivants dans le rétroviseur avec le sourire carnassier de celui qui sait que le titre est une question de PATIENCE et de talent brut. Pour l'Espanyol, ce revers est un rappel brutal : dans cette cité, il y a ceux qui font la pluie et le beau temps, et ceux qui se contentent de ramasser les miettes sous la table du banquet. Une fessée en bonne et due forme qui remet les pendules catalanes à l'heure.