Le bal des tacticiens timides
On nous avait promis le feu d'artifice, le sommet de la réflexion footballistique, le duel entre les deux héritiers les plus brillants de Pep Guardiola. Au final, la BayArena a assisté à une partie d'échecs jouée par deux grands maîtres qui avaient surtout peur de renverser leur café sur l'échiquier. Bayer Leverkusen et Arsenal se sont quittés sur un 1-1 qui sent bon la politesse inutile et le surplace tactique.
Xabi Alonso et Mikel Arteta se connaissent par cœur, et cela s'est vu. Trop vu. On a eu le droit à quatre-vingt-dix minutes de passes latérales, de pressing coordonné au millimètre et d'attaquants condamnés à mourir de solitude devant des blocs défensifs plus compacts qu'un coffre-fort suisse. C'est propre, c'est bien rangé, mais c'est aussi excitant qu'une conférence de presse sur la fiscalité du Luxembourg.
Le Bayer, qui peine cette saison à retrouver la magie insolente de son dernier exercice, a montré qu'il savait tenir le ballon sans savoir quoi en faire. Arsenal, fidèle à sa réputation de machine de guerre froide, s'est contenté de piquer une fois avant de se replier avec la ferveur d'un moine copiste. Le résultat est un monument à la NEUTRALITÉ. Un point partout, la balle au centre, et tout le monde rentre se coucher sans avoir fait de vagues.
Pour le classement de cette phase de ligue, ce résultat est une opération blanche. Les deux équipes restent engluées dans le milieu de tableau, incapables de marquer leur territoire face à un concurrent direct. À force de jouer pour ne pas perdre, Leverkusen et Arsenal finissent par oublier que l'essence même de la Champions League est de tenter le braquage, pas de négocier un compromis.
On attendait un MASSACRE offensif ou une démonstration de force, on a eu un échange de bons procédés. C'est le triomphe du football de système sur le football d'instinct. Au classement, ce surplace est une mauvaise affaire pour ceux qui ambitionnent le top 8. À force de se regarder dans le blanc des yeux, on finit par perdre de vue l'objectif. C'était du haut niveau, certes, mais c'était surtout d'un ENNUI poli. On espère que pour la suite, les tablettes resteront au vestiaire.