3 - 2
Le Diable dompte un Taureau têtu
San Siro a tremblé, a douté, puis a fini par exulter dans un désordre tactique absolument délicieux. Dans ce qui ressemblait plus à un rodéo qu'à une leçon de catenaccio, l'AC Milan s'est imposé 3-2 face à un Torino qui a, comme souvent, confondu bravoure et suicide collectif. On a eu du spectacle, des erreurs de cadets et un suspense qui a failli envoyer la moitié de la Curva Sud en cardiologie.
À la mi-temps, le tableau affichait un 1-1 qui flattait surtout les attaquants, tant les défenses avaient visiblement décidé de prendre un congé sabbatique prématuré. On a vu des alignements si approximatifs qu'ils auraient fait passer une équipe de promotion d'honneur pour le Milan de Sacchi. Mais au moins, on ne s'est pas ennuyé, et c'est déjà un miracle pour un match de milieu de tableau un dimanche après-midi.
En seconde période, la rencontre a basculé dans l'irrationnel total. Milan, porté par une rage de vaincre proportionnelle à la fragilité de son arrière-garde, a fini par forcer le destin. C'est le genre de victoire qui s'arrache avec les tripes, à défaut d'avoir un cerveau collectif opérationnel pendant quatre-vingt-dix minutes. Pour le Torino, c'est la même vieille chanson italienne : ils boxent au-dessus de leur catégorie pendant une heure avant de s'écrouler comme un château de cartes face au RÉALISME milanais.
Ce succès permet aux Rossoneri de respirer un grand coup. Avant le coup d'envoi, l'odeur de la crise commençait à chatouiller les narines des tifosi, mais ces trois points agissent comme un désodorisant efficace. Milan remonte enfin au classement et s'évite une semaine de polémiques dans la presse locale.
Le Toro, de son côté, stagne lamentablement. Les Granata ont le chic pour transformer des prestations héroïques en tragédies grecques. Ils repartent avec des regrets plein les valises et une place dans le ventre mou qui leur colle à la peau comme une vieille étiquette de prix qu'on n'arrive pas à décoller. On appelle ça la régularité dans la déception.
Milan n'est peut-être pas encore un rouleau compresseur, mais ils ont prouvé qu'ils savaient gagner dans la DOULEUR. Pour les supporters, c'est toujours mieux qu'une défaite élégante. On retiendra le score, les trois points, et le fait que le Taureau a fini en steak tartare. TOTAL RÉGAL pour les neutres, supplice pour les puristes.